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« KIKI DE MONTPARNASSE » *

L’histoire de KIKI, la célèbre Reine du Montparnasse des années folles, n’est pas une histoire banale, c’est plutôt l’histoire extraordinaire d’une fille « de rien » comme on disait à l’époque qui, par sa gouaille, son goût pour les plaisirs les plus divers et variés a retenu l’attention des peintres parnassiens. Effrontée et libre, sa plastique en a inspiré plus d’un ! De Fujita à Modigliani et Soutine, en passant par Man Ray qui a laissé à la postérité son fameux tableau « Le Violon d’Ingres », dont les courbes du corps de Kiki sont mises en valeur par l’ajout des ouïes d’un violon sur ses reins.

kiki

Jean-Jacques Beineix, le célèbre cinéaste signe ici sa première mise en scène avec talent. Sur un fond de projections vidéo, son souci du détail dans le choix des décors et des accessoires d’un atelier d’artiste et dans le choix des costumes, que porte avec élégance Héloïse Wagner, en fait un spectacle de qualité. La vie de Kiki nous est contée, par la comédienne qui chante, danse, nous émeut parfois et évolue avec grâce et un soupçon d’air mutin…au son d’une guitare et d’un accordéon. Certes, l’époque était à la fête et aux soirées tumultueuses, aussi a-t-elle brûlé la chandelle par les deux bouts, l’alcool et la cocaïne ayant eu raison de Kiki puisqu’elle est morte prématurément à l’âge de 52 ans.

jj beineix

Dans ses « Souvenirs Retrouvés » cette « Titi parisienne » explique fort bien, dans un langage imagé, l’ambiance du Montparnasse des années 20 : « C’est moi Kiki. J’ai débarqué à seize piges. Ils m’ont tous adoptée: les artistes, les peintres, les écrivains…Tout le monde s’entr’aide, se réconforte. On n’a pas une thune mais, on partage…Je pose pour les potes. Pour ceux qui me glissent un p’tit billet ou me payent un coup à boire, qu’importe. On n’est pas des crèves la dalle…On est des artistes, nuance !... ».

Alors, une époque solidaire révolue ?... A vous de voir !...

Chansons : Frank Thomas.                    
Musique : Reinhardt Wagner.                 
Chorégraphie : Corinne Devaux.           
Vidéo : Christian Archambeau / Jean-Jacques Beineix.      
Héloïse Wagner (Kiki), accompagnée par Rémi Oswald ou Jean-Yves Dubanton  
et Rodrigue Fernandès.
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*  Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris.
   Réservations : 01 42 22 66 87 / www.lucernaire.fr
   Du mardi au samedi à 21 h 30. Dimanche à 19 h. Durée 1 h 15.
   Jusqu’au 18 octobre 2015

 

                                                                                                 Lydie-Léa Chaize

 

«SARAH» de John Murrell, adaptée par Eric-Emmanuel SCHMITT *

sarah 1Il me suffit d’entendre le mot Sarah pour que cela m’évoque LA comédienne du XIXème siècle, Sarah Bernhardt.
Cette pièce, créée en France en 1982, sous le nom de « Sarah et le Cri de la Langouste » a été jouée par Delphine Seyrig et Georges Wilson qui en avait fait l’adaptation. A l’époque ce fut un succès retentissant. Depuis les rôles ont été repris bien des fois…

Aujourd’hui c’est une création qui nous est proposée au festival off d’Avignon dans une belle adaptation d’Eric-Emmanuel Schmitt dont la réputation n’est plus à faire.

Sarah Bernhardt, alias Marthe Vandenberghe, déroule devant nous ses cinquante années d’une vie tumultueuse et exaltante.
C’est à Belle-Ile-en-Mer où elle a souvent séjourné qu’elle se souvient…., amputée d’une jambe à la suite d’un accident sur scène et à l’aurore de sa vie…
Alors dans cette obsession de la mort, dans cette éternelle envie de rester le monstre sacré international qu’elle a été, dans cette envie de jouer encore et encore, d’être belle, d’avoir trente ans, vingt ans que dis-je…, « quinze ans », sic… elle tente de dicter ses mémoires avec l’aide de son secrétaire Pitou interprété par Jean-Christophe Armand et entre dans les dédales d’un passé glorieux fait de règlements de compte et de personnages multiples. En interprétant avec jubilation le rôle du dévoué Georges Pitou, Jean-Christophe Armand nous offre un vibrant tableau de personnages de l’époque qui gravitaient autour de Sarah : sa mère, son impresario, les célèbres auteurs britanniques Oscar Wilde et Bernard Shaw, ses amis.

                                                                                                       sarah 2

… « elle sait Mademoiselle Garden que ses jours et ses heures sont comptés »… dixit Sarah ! Evidemment Mary Garden chante « L’Amour est une vertu rare »…

Et, c’est dans un échange de propos tour à tour beaux, tendres, drôles, ironiques et tranchants que les 2 comédiens talentueux et merveilleusement complices se donnent la réplique. Pitou par-ci, Pitou par-là, Pitou, quasiment souffre-douleur, assume tous les rôles que lui impose la grande Sarah ! Un texte sarcastique aussi, notamment lorsque Sarah, dans une envolée quasi lyrique évoque sa mère « On  voit que vous n’avez pas connu ma mère !... ».

De la belle ouvrage sur quelques délicieux extraits musicaux « Parade pour Orchestre » et « La Belle Excentrique » d’Erik Satie ainsi que « Thaïs » de Massenet.
Subtilement nuancé, on assiste à un jeu de comédiens magnifiques dont une Sarah incarnée par la comédienne Marthe Vandenberghe dont on n’a pas fini de parler.

sarah 3

La sobriété de la mise en scène par Marthe Vandenberghe met en valeur les décors et costumes de « Grain d’sel », reflets d’une belle époque révolue.
Un moment de théâtre de qualité à la hauteur d’une œuvre, quasi mythique, d’un auteur américain amoureux d’une Diva immortelle.
A ne pas rater !
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*   Au Théâtre Littéraire « Le Verbe Fou », 95 rue des infirmières à Avignon.
    Réservations : 04 90 85 29 90
    Tous les jours à 16 h 45 jusqu’au 26 juillet 2015.

                                                                                                                                   Lydie-Léa Chaize

Théâtre: « The Servant » de Robin Maugham *

Traduction et adaptation de Laurent Sillan.
Mise en scène de Thierry Harcourt.

the servant 1

Si l’adaptation cinématographique de l’œuvre de Robin Maugham par Joseph Losey a eu un énorme succès en son temps, il n’en reste pas moins que cette adaptation théâtrale est remarquable. Remarquable en bien des points.

Un décor sobre et élégant qui suivra le rythme de l’action en passant du raffinement à la désolation. Le raffinement, dans ses comportements et ses goûts, d’une certaine aristocratie anglaise du XIXème siècle qui va déclinante. Et plus encore, au travers de Tony un être faible, velléitaire et paresseux, revenu des colonies avec de très très mauvaises habitudes colonialistes. Quant à la désolation c’est celle du fracas d’un désordre tant matériel que psychique.

Désirant s’installer définitivement à Londres dans une maison de ville, le dandy Tony engage un domestique, « une perle », semble-t-il, qui sait tout faire à tel point qu’il prendra en main toute la logistique du moindre espace de cette demeure.

Désormais, ce maître de céans Tony, interprété par Xavier Laffitte devient, dans une lente déchéance, l’esclave du Majordome Barret, qu’interprète avec un brio « so british ! » Maxime d’Aboville.     

maxime d aboville et xavier lafitte 2

Situation qui n’est pas sans rappeler la dialectique du maître et de l’esclave, théorisée par Hegel dans son ouvrage « La Phénoménologie de l’Esprit ». Le maître, finissant par s’en remettre à l’esclave, perd tout son pouvoir au profit de l’intrus. Des face à face délectables mettent en lumière crescendo le comportement pervers, manipulateur voire machiavélique du Valet, en miroir à son Maître affublé d’une mentalité en décrépitude. Il s’agit en somme d’une confrontation entre deux milieux sociaux totalement opposés où le monde des nantis cohabite difficilement avec celui des opprimés. Néanmoins, pour l’un comme pour l’autre, les femmes restent des objets: les conseils de Sally (Alexie Ribes), l’amoureuse de Tony, sont pris à la légère et, la pétillante Roxane Bret (alias Vera) est en permanence un objet de désir…

Tous les comédiens sont bons : Roxane Bret (très prometteuse), Adrien Melin, Alexie Ribes mais, Xavier Laffite aurait bien mérité à l’instar de Maxime d’Aboville, d’un Molière du comédien 2015. Pourquoi pas un prix exæquo ?

Le rythme de la pièce est en synergie avec la fluidité du texte, sans fioriture aucune, seulement rythmé par une bande-son jazzy mémorielle. La mise en scène très juste de Thierry Harcourt, les costumes et les éclairages, tout contribue à nous mettre dans l’ambiance des années cinquante et au succès de cette pièce, étonnante par ses nombreux rebondissements qui atteignent des sommets dans l’horreur de la manipulation par des êtres sans âmes …

N’hésitez pas à aller déguster ce moment de théâtre contradictoirement réjouissant !

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* Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris.

   Réservations : 01 45 44 50 21 / www.theatredepoche-montparnasse.com

   Du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h30.

   Jusqu’au 12 juillet 2015.

 

                                                                                              Lydie-Léa Chaize