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« Music-Hall » de Jean-Luc Lagarce *

« La Fille, elle venait comme ça, du fond, là-bas,
elle entrait, elle marchait lentement,
du fond de la scène vers le public, et elle s’asseyait… »

music hall

Le merveilleux comédien Jacques Michel, magnifiquement maquillé, nous conte l’histoire de «La Fille», l’histoire d’une vie ….celle de l’artiste avec ses gloires éphémères, ses succès et ses tourments.
Qu’importe qu’il soit un homme ou une femme, l’artiste n’est-il pas, à chacun de ses rôles, en constante transformation ? Cette histoire universelle révèle
le désarroi d’un être fragile se souvenant de sa gloire d’antan, sur un tabouret qui le suit comme son chien… Qu’en reste-t-il ? Regrets, Nostalgie, Spleen ?
Les mots choisis de Jean-Luc Lagarce nous plongent dans un univers qu’il nomme « crépusculaire », cependant que le vocabulaire reste flamboyant et,
les regrets toujours empreints de dignité. Une mise en scène de Véronique Ros de la Grange sobre, malgré un décor d’un rouge étincelant, d’une rouge-passion, celle de tous les dangers.
Ce spectacle est sous-tendu par la chanson de Joséphine Baker qui est là, de toute éternité, pour évoquer en boucle le temps glorieux d’un passé nostalgique:
« Ne me dis pas que tu m’adores, embrasse-moi de temps en temps ; un mot d’amour c’est important mais un baiser c’est éloquent »…..
et la musique s’égrène dans le lointain…comme une sorte de complainte et de supplique : « mais pense à moi de temps en temps… ».

music hall 2

A regret, nous voyons s’éloigner Jacques Michel, en apothéose, enveloppé dans ce linceul intensément lumineux, ce rouge-sang évocateur de la passion
d’un artiste émouvant comme celui d’un  naufrage inéluctable. Dans une gestuelle superbe, il nous offre un numéro  de charme étonnant, sous un éclairage de Danielle Milovic, délicatement tamisé à l’instar de la pudeur des sentiments exprimés.
       
Un beau moment de théâtre à ne pas rater.
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*   La Manufacture des Abbesses 7 rue Véron 75018 Paris
    Réservations : 01 42 33 42 03 / manufacturedesabbesses.com
     
    Jusqu’au 13 juin 2015
                                                                
                                       
                                                        Lydie-Léa Chaize

« Albertine Sarrazin, une vie de cavale » d’après son œuvre. *

Adaptation et interprétation  Mona Heftre.

Mise en Scène et vidéos de Manon Savary

 

albertine sarrazin

S’il est une vie peu banale, c’est bien celle d’Albertine Sarrazin qui avait défrayé la chronique, dans les années soixante. 

Abandonnée dès sa naissance en 1937, elle fut comme beaucoup d’enfants dans ce cas en dés errance pendant longtemps et, pourtant très vite elle est apparue comme une fille intelligente, douée mais, totalement insoumise.

De prison, pour faits graves et vols divers et variés, en cavale, l’écriture sera pour elle une libération…En quatre mois, elle écrit La Stragale qui obtient un succès retentissant, puis la Cavale; des romans quasi autobiographiques. Enfermée pendant 7 ans, elle se marie avec l’homme de sa vie Julien (lui aussi détenu) qui n’aura de cesse - plus tard - de défendre sa mémoire, en créant Les Editions Julien Sarrazin et en publiant des inédits de sa femme.

Désireuse de reconnaissance, Albertine dira dans une interview au magazine ELLE : « En prison, l’orgueil et l’agressivité sont nécessaires pour survivre, au fond de l’humiliation, il  faut pouvoir dire je marche et je chante….je n’ai qu’une ambition être adoptée… ».
Ce dernier mot n’étant pas anodin dans la bouche d’un être autant meurtri par les vicissitudes d’une vie chaotique.

La comédienne Mona Heftre interprète avec beaucoup de charme ce personnage hors norme, somme toute un véritable personnage de roman. Subtilement restitué, le mal de vivre d’Albertine nous touche. Tour à tour, désabusée, détachée, ensorceleuse, enjôleuse, amoureuse, Mona danse d’un pas léger et chante la poésie d’Albertine avec volupté.  

Les mots ne suffisent pas à traduire les sentiments contradictoires - désespérance  et humour - d’une femme en perdition mais, gardant toujours l’espoir, la tête haute : « Je crois au pouvoir de la volonté, de l’enthousiasme. Je ne dis pas de l’optimisme béat, ce n’est pas ça, mais il faut continuer à espérer, espérer férocement, au-delà de tout…. ». 

Dans ce « Portrait de Femme » tout concourt à la réussite - interprétation, lumière, musique, scénographie - pour que soit découverte une œuvre bien méconnue de nos jours  et qui mérite réellement le détour par le talent littéraire de l’auteur et par un éclairage plus que jamais contemporain.

Par ce dévoilement d’Albertine Sarrazin, il est une évidence que ce fut un envol prématurément interrompu de façon tragique par une erreur médicale, reconnue grâce au combat de son époux.

Courez voir « ALBERTINE SARRAZIN » dans cet écrin qu’est Le Théâtre de Poche de Stéphanie Tesson, fille du « Grand Philippe Tesson ».

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* Théâtre de Poche-Montparnasse 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 50 21 / www.theatredepoche-montparnasse.com

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h
Jusqu’au 3 mai 2015
                                                                                                       Lydie-Léa Chaize

 

« ETTY HILLESUM, La Flamme d’une Ame » de Etty Hillesum *

Mise en scène de Mourad Berreni.

etty hillesum

 Etty Hillesum ? Ce nom nous parle un peu moins que celui d’Anne Franck et pourtant elle aussi a écrit son journal intime. Née au Pays-Bas (ceci expliquant peut-être cela) elle est de famille juive libérale et non pratiquante, cependant elle n’échappera pas aux camps de la mort en 1943.           

« Oui la détresse est grande, dit-elle, et pourtant il m’arrive souvent le soir, de longer  d’un pas souple les barbelés, et toujours, je sens monter de mon cœur, je n’y puis rien, c’est ainsi, cela vient d’une force élémentaire, la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau, et à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle atrocité, nous devons opposer un supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-même….Ce qui importe ce n’est pas de rester en vie coûte que coûte, mais la façon de rester en vie ». 

angelique boulay

 Tout est dit, ou presque, dans cet extrait  de la pièce interprétée magnifiquement par Angélique Boulay. Son jeu, tout en sobriété, n’enlève rien aux accents pathétiques qui  nous bouleversent. Et pour « souffler » de temps à autre, le texte est ponctué judicieusement d’une bande son: qui, d’un extrait de Dido et Aeneas de Henry Purcell, qui d’un extrait  de l’album, « Négation » référence au Livre des Morts Egyptiens, et en apothéose le concerto n°23 de Mozart !... Un vrai moment de théâtre et, si le sujet n’était aussi grave, je dirais un vrai moment de délectation. Parce que les mots d’Etty Hillesum résonnent en nous au plus profond de  notre âme. « Un puits très profond est en moi. Et Dieu est dans ce puits. Parfois, j’arrive à le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau le déterrer » (Journal, 97).

La foi en l’être humain de cette auteure, arrêtée en plein vol, lui a donné une force intérieure inébranlable à tel point que le cahier d’écolier, sur lequel elle écrit, est le reflet de l’innocence de l’enfant qui n’est que perspective de bonheur et de joie. Cette foi inébranlable est la seule issue pour survivre au malheur et aux atrocités, orchestrées par des hommes aux instincts les plus bas. Gloire au théâtre qui s’accapare ces grands textes pour qu’ils s’inscrivent dans la mémoire collective et pour que l’Histoire ne se répète jamais.
Merci à Angélique Boulay, merci à Mourad Berreni de nous faire découvrir ou redécouvrir une femme, Etty Hillesum, au talent littéraire de toute beauté, celle qui   nous transporte et nous émeut, spontanément, tous ensemble.
Alors, à vos agendas pour « bloquer » un vendredi, à votre convenance, jusqu’au mois de juin, dans ce lieu délicieux qu’est le Théâtre de l’Echo.

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*  Théâtre de l’Echo 31 rue des Orteaux 75020 Paris
Réservations : 09 65 06 77 39 / www.echo-theatre.com
Jusqu’en juin 2015.
                                                                                                                                                     Lydie-Léa Chaize