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« SARAH et Le Cri de La Langouste » de John Murrell *

affiche sarahDans une adaptation de Georges Wilson, cette pièce fut créée en 1992 à Paris.
Aujourd’hui, au festival d’Avignon nous la revisitons avec bonheur grâce à la complicité d’un duo de choc, Marthe Vandenberghe alias Sarah Bernhardt et Patrick Séminor dans le rôle de Georges Pitou, son secrétaire. Tous deux déroulent devant nous les cinquante années d’une vie tumultueuse, mais oh combien exaltante, de la célèbre tragédienne de la fin du XIX ème et du début du XX ème siècle.

marthe et son eventailC’est dans sa villa de Belle-Ile-en-Mer où elle a souvent séjourné, que « la Divine » se souvient….. au crépuscule de sa vie. Elle avait été amputée de sa jambe droite en 1915, vers l’âge de 70 ans, à la suite d’un problème de santé récidivant et pourtant elle n’a eu de cesse de jouer, jouer encore et encore.

Cependant dans cette obsession de la mort, dans cette éternelle envie de rester le monstre sacré international qu’elle a été, brûlant toujours du désir de jouer et d’être  admirée, elle tente de dicter ses mémoires en mettant à contribution Pitou, son fidèle secrétaire, son confident.
Alors, la comédienne Marthe Vandenberghe, évoluant avec charme et efficacité dans tous les registres, entre dans les dédales d’un passé glorieux fait de règlements de compte et de personnages multiples. Ce sont tour à tour des rôles interprétés avec une évidente maestria par le comédien Patrick Séminor qui nous offre un vibrant tableau des personnages de l’époque qui gravitaient autour de Sarah: une mère, un impresario, un mari, un amant, un médecin, des amis dont le plus précieux, le célèbre auteur britannique Oscar Wilde,….…

pitou et martheDans un échange de propos touchants, drôles, ironiques et tranchants, les 2 comédiens talentueux et merveilleusement complices nous régalent. Pitou par-ci, Pitou par-là ! Un Pitou certes récalcitrant, mais qui assume avec affection tous les rôles que lui impose La Grande Sarah ! Passionnée et passionnante !
Le texte de John Murrell se révèle également sarcastique lorsque, dans une envolée quasi lyrique, Sarah évoque sa mère dont elle ne se sentit jamais aimée:
« On  voit que vous n’avez pas connu ma mère !... ».
Subtilement nuancée, on assiste à une joute jubilatoire entre 2 interprètes dont on n’a  pas fini de parler.
De la belle ouvrage sur quelques délicieux extraits musicaux « Parade pour Orchestre »   et  « La Belle Excentrique » d’Erik Satie ainsi que « Thaïs » de Massenet (bande son de Philippe Monpert).

marthe et son ombrelleLa sobriété de la mise en scène par Marthe Vandenberghe met en valeur les décors et les costumes de « Grain d’sel », reflets d’une belle époque révolue.

 

Un moment de théâtre de qualité à la hauteur d’une œuvre, quasi mythique,  d’un auteur américain amoureux d’une Diva immortelle.

A ne pas rater !
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*   Au Théâtre Littéraire « Le Verbe Fou », 95 rue des infirmières à Avignon.

Réservations : 04 90 85 29 90

Tous les jours à 16 h 30 jusqu’au 30 juillet 2016.

N.B.  Le rôle de Pitou est interprété en alternance avec Patrick Séminor et
Jean-Christophe Armand qui nous avait séduits l’an passé dans « Sarah »
d’après une adaptation de Eric-Emmanuel Schmitt.


                                                                                         Lydie-Léa Chaize

« Une vie bouleversée » d’après le journal intime de Etty Hillesum *

Conception et interprétation, Roxane Borgna.
Mise en scène, Jean-Claude Fall.

une vie bouleverseeEtty Hillesum ? Ce nom nous parle un peu moins que celui d’Anne Franck et pourtant, elle aussi a écrit son journal intime, dans une période… inqualifiable ! Née au Pays-Bas, comme sa compatriote, Etty Hillesum est de famille juive libérale et non pratiquante, mais elle n’échappera pas pour autant aux camps de la mort en 1943. Dans ses cahiers intimes qu’elle confia à une amie avant sa déportation, elle  écrit notamment : « On veut notre extermination complète, je le sais, je l’accepte…. ». Mais comment dans les circonstances tragiques qu’elle a vécues, a-t-elle puisé cette force d’accepter l’inacceptable ? En fait, nous trouvons la réponse à cette question fondamentale dans l’adaptation éblouissante de ce journal intime qu’a faite la comédienne Roxane Borgna qui,

roxane borgnadans une interprétation magistrale, déroule des mots choisis et l’essentiel d’une pensée philosophique basée sur la force de vie de cette femme extra ordinaire qu’était Etty Hillesum. En effet, son aventure intérieure, hors du commun, lui a permis de surmonter toutes les atrocité dans une sorte de foi et d’espérance inébranlables: « Je sens monter de mon cœur, je n’y puis rien, c’est ainsi, cela vient d’une force élémentaire, la même incantation: la vie est une chose merveilleuse et grande; après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau, et à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle atrocité, nous devons opposer un supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-même…. ». Le parcours bouleversant de cette femme d’exception donne une leçon de vie dans ce message qui devrait être gravé dans la mémoire, en chacun de nous : « On doit arriver à décrire le concret, le terrestre et l’éclairer de l’intérieur avec ses mots, avec son esprit, de telle manière que l’âme des choses en soit révélée ». Une leçon hautement philosophique !
Un vrai moment de théâtre et, si le sujet n’était aussi grave, je dirais un vrai moment de délectation. Parce que les mots d’Etty Hillesum résonnent en nous au plus profond de  notre être. « Un puits très profond est en moi. Et Dieu est dans ce puits. Parfois, j’arrive à le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau le déterrer » (Journal, 97). La foi en l’être humain de cette auteure, arrêtée en plein vol, lui a donné une force  intérieure étonnante à tel point que le cahier d’écolier, sur lequel elle a choisi d’écrire, est le reflet de l’innocence de l’enfant qui n’est que perspective de bonheur et de joie.
Cette foi indubitable est la seule issue pour survivre au malheur et aux atrocités orchestrées par des hommes aux instincts les plus bas.
Gloire au théâtre qui s’accapare ces grands textes afin qu’ils s’inscrivent dans la mémoire collective et que l’Histoire ne se répète jamais.
Merci à Roxane Borgna, merci à tous ceux qui ont contribué à ce spectacle de qualité qui a permis de faire découvrir ou re découvrir Etty Hillesum, une femme aux talents multiples, une pensée de toute beauté, celle qui   nous transporte et nous émeut.
Alors, très vite à vos agendas pour réserver un jour à votre convenance.
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* Théâtre de la Tempête, Cartoucherie,
route du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris.
Réservations : 01 43 28 36 36 / www.la-tempete.fr
                                                            Jusqu’au 5 juin 2015.
                                                                             Lydie-Léa Chaize, journaliste

« Je l’appelais MONSIEUR Cocteau » *

affiche de cocteau«J’aime ce livre, dont j'ai eu la chance d'être un des premiers lecteurs, au point d'envier ceux qui, à leur tour, éprouveront la surprise et le bonheur de découvrir ces pages». Cet extrait de la préface du livre écrite par Jean Marais exprime, s’il en était besoin, l’intérêt du témoignage de Carole Weisweiller, qui a eu la chance de vivre, du haut de ses huit ans et pendant de longues années, aux côtés du merveilleux poète qu’était Jean Cocteau.

Cette promenade dans le temps et dans l’espace nous révèle la légende vivante que fut ce Prince de la poésie, du théâtre, du cinéma et des arts dans un monde  privilégié…où tout n’était « que beauté, calme et volupté ».sic.

les deux comediens cocteau

Dans une mise en scène plutôt sobre de Pascal Vitiello, Bérangère Dautun alias Carole Weisweiller  évolue avec infiniment de délicatesse et d’aisance face au comédien Guillaume Bienvenue qui reflète avec charme et discrétion l’âme d’un Cocteau aux multiples facettes.

Agréable, aimant, gentil, intemporel, Cocteau a côtoyé les plus grands de son époque : Picasso, Matisse, Poulec, Greta Garbo,…, Charles Aznavour !...
La maman de Carole, Francine Weisweiller « hébergea » longtemps le poète dans sa somptueuse Villa Santo Sospir.
Dans cette demeure d’adoption, Cocteau a dessiné à l’envie des fresques murales (que nous découvrons en projection, entre autres, sur la scène) inspirées de la mythologie grecque qui lui était chère. Le coup de crayon de cet artiste est unique. Le soleil, les animaux et les éphèbes jaillissent sous le regard admiratif d’une petite fille et d’une adolescente  qui gardera toujours en mémoire l’empreinte de cette influence jubilatoire. La  petite fille, l’adolescente et la jeune fille seront façonnées par une existence pleine de vie, riche de sens et tumultueuse, avec les rires et les joies mais aussi les séparations, synonymes de déchirements. A la suite d’une stupide brouille entre le poète et Francine Weisweiller, Jean Cocteau quittera la Villa en 1962. Puis, le déchirement ultime viendra par la mort  de ce mentor d’exception, le 11 octobre 1963,  à quelques heures d’intervalle de  celle d’Edith Piaf. On peut déplorer que Jean Marais ne soit pas davantage évoqué dans cette pièce qui, cependant, donne envie de voir ou de revoir l’œuvre de cet immense et talentueux inventeur de rêves qui n’a jamais quitté « la petite » Carole.  L’affirmation prémonitoire de son ami qui a fait graver sur sa tombe: « Je reste avec vous », étant de toute éternité.
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*  Studio Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris.
Réservations : 01 42 93 13 04  / www.studiohebertot.com
Du mardi au samedi à 19 h. Le dimanche à 17 h.
                                                                Jusqu’au 29 mai 2016

                                                                   Lydie-Léa Chaize, journaliste