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« CIORAN / ENTRETIEN » *

affiche cioranCIORAN ! AH !..CIORAN ! Qui n’a pas été surpris et souvent dérouté par la pensée de notre contemporain  Emil Cioran ?
Dans ses nombreux aphorismes et notamment dans son livre « De l’inconvénient d’être né », publié en 1973 et vendu à l’époque à 2000 exemplaires, dixit le comédien Christian Jéhanin dans cette pièce, inspirée d’un entretien entre Léo Gillet – intellectuel
hollandais francophone - et le célèbre écrivain. Après avoir quitté sa Roumanie natale vers 1938, Cioran s’installe à Paris où il vit loin des mondanités et refusant tous les prix. Peut-être marqué par son enfance ou bien par ses insomnies récidivantes, il était empreint d’une mélancolie et d’un pessimisme redoutables; il n’est que de citer quelques phrases de son livre le plus connu, semble-t-il, «De l’inconvénient d’être né » : « Ayant toujours vécu dans la crainte d’être surpris par le pire, j’ai, en toute circonstance, essayé de prendre les devants, en me jetant dans le malheur bien avant qu’il ne survint.» « Si l’on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur le champ». « Ma faculté d’être déçu dépasse l’entendement.  C’est elle qui me fait comprendre le Bouddha, mais  c’est elle aussi qui m’empêche de le suivre.» « N’être pas né, rien que d’y songer, quel bonheur, quelle liberté, quel espace.» « J'élabore du temps mort, je me vautre dans l'asphyxie du devenir.»

De là à penser au suicide, il n’y qu’un pas qu’il ne franchira pas, même si à ses yeux, le suicide est un acte de liberté. Et d’expliquer pourquoi il ne se suicide pas. « Parce que, dit-il, la mort me dégoûte autant que la vie.» !... 

En une 1 h 20, nous assistons à un moment unique de théâtre, par l’aspect confidentiel d’une mise en scène et d’une interprétation toute en nuance. Dans un décor plutôt sobre - un bistro meublé de tables, de chaises et d’un comptoir – le metteur en scène Antoine Cabet fait évoluer avec subtilité deux personnages au gré de leurs envies. Une femme qui pourrait être la patronne, la comédienne Cécile Cholet et un homme Christian Jéhanin alias Cioran, étonnamment décontracté, un brin diseur, peut-être en quête d’un auditoire réceptif, offrant la pensée philosophique, pour le moins contrastée, d’un Cioran qui pratiquait le détachement, la lucidité, le doute,…. Christian Jéhanin avec talent nous fait découvrir le côté railleur, ironique, voire cynique de l’écrivain et donne tout son sens à un aspect méconnu, la dérision. La comédienne Cécile Cholet n’est pas en reste…  Très à l’écoute de son partenaire et dans la sollicitude, elle capte tout, comprend, disparaît, apparaît avec élégance,  adhère ou n’adhère pas aux propos de l’écrivain-philosophe mais, elle évolue toujours avec charme et discrétion. La patronne de bistrot «passe les plats» au comédien, avec naturel et son invite est tout en délicatesse.

cioran suiteSans compter un final flamboyant et jubilatoire, avec des mots d’un humour décapant qui déclenche une sorte de fou rire, sous cape, tant sur scène entre les deux comédiens complices que dans la salle… Du théâtre passionnant et instructif qui donne envie de revisiter quelques philosophes… Quoiqu’il en soit, après avoir vu « CIORAN / ENTRETIEN »
au théâtre, nul doute que vous ne manquerez pas de lire ou relire une œuvre qui a marqué incontestablement son époque, nous laissant, dans un lyrisme ébouriffant des aphorismes et une pensée philosophique a priori contradictoire mais, riche de sens.

* Théâtre L’Atalante  10 place Charles Dullin 75018 Paris
Réservations : 01 46 06 11 90 /  www.theatre-latalante.com    
Jusqu’au 18 avril 2016
                                                                              Lydie-Léa Chaize, journaliste

« L’Autre Galilée » de et avec Cesare Capitani*

Dans une mise en scène de Thierry Surace

Galilée! Galileo !


« Et pourtant, elle tourne ! » aurait dit Galilée à ses nombreux détracteur italiens en 1633. C’est surtout cette phrase, que la plupart d’entre
nous ont retenu de ce génie du XVII ème  siècle.         
Alors, grâce à Cesare Capitani qui a traduit et adapté les écrits de Galilée, nous avons découvert l’Autre Galilée, la face cachée, plus intime, de ce génie aux talents multiples et à ses combats acharnés.
De Pise (où est né Galilée) à Rome, en passant par Florence, nous traversons l’Italie du XVII ème siècle avec jubilation, tant nous nous y sentons propulsés par le talent indéniable du comédien. Son jeu d’une extrême justesse nous embarque dans toutes ces pensées complexes entre les hommes de sciences, les philosophes et les penseurs religieux ancrés dans leur foi et leurs croyances inébranlables.

Face à l’Inquisition, Galilée s’est battu pour la liberté, son leitmotiv : « la liberté de croire, la liberté de penser, la liberté de philosopher » sic. La Liberté tout court. L’obscurantisme de l’époque (qui n’est pas sans rappeler celui de nos jours…) contraste avec la pensée d’une modernité étonnante, celle qui  révèle un scientifique au caractère bien trempé, passionné, ambitieux, parfois drôle, mais toujours sûr de ses observations et sûr de ses constats.

Ayant été éclairé par l’intuition de Copernic et sa théorie héliocentrique, Galilée améliore alors les performances de la lunette astronomique.
Désormais, la vieille vision géocentrique défendue par Aristote et Ptolémée, qui faisait de la terre le Centre de l’Univers, s’effondrait.
L’observation de Galilée et la science expérimentale démontraient que toutes les planètes de notre système solaire tournent autour du Soleil.

Homme de raison, mais souvent contradictoire, Galilée a été obligé d’adjurer ses découvertes. Etait-ce par lâcheté ou dans le but de continuer à convaincre, à persuader l’intelligentsia italienne… de son génie ?

Césare Capitani nous offre ici un autre visage de cet homme, parfois vaniteux et ambitieux. En somme, un être humain avec ses faiblesses tout simplement.

Prenant appui sur le passage biblique où Josué arrête la course du soleil, les détracteurs de Galilée lui disent « Vous insinuez que la Bible se trompe, la Bible ne se trompe jamais ». La Bible ne se trompe pas, rétorque ironiquement Galilée, elle dit : « Soleil arrête-toi et le Soleil s’arrêta… ». 

Notons qu’il aura fallu à l’Eglise, initiée par le pape Jean-Paul II, plus de trois siècles pour se prononcer, le 31 octobre 1992 : «  L’Eglise reconnait la grandeur  de Galilée et le bien-fondé de ses travaux. L’accusation d’hérésie est levée ! »

sur la scene

« L’Autre Galilée » est un spectacle de qualité qu’il ne faut pas rater.
Sur une scène éclairée toute en nuance, par Dorothée Lebrun, dans une ambiance scientifique sereine, la mise en scène de Thierry Surace se veut sobre.
Une alchimie qui donne toute sa force au texte et à l’interprétation de ce magnifique comédien Cesare Capitani, lui aussi passionné et passionnant. Sur une musique nuancée de Antonio Catalfamo, nous assistons à une interprétation magistrale, élégante et poétique, empreinte du charme italien !

Que vous soyez « Caravage » (inoubliable bonheur !) ou « Galilée »….. continuez, cher Cesare, à donner de la profondeur et de la dimension à ce que vous entreprenez, à nous émouvoir, à nous enrichir par le théâtre que vous connaissez si bien, continuez à nous faire découvrir d’autres Grands Hommes ou Femmes. Vous êtes doué pour nous expliquer et nous dire leurs combats, la tête dans les étoiles ou…ailleurs !

cesare capitani seul en scene

* Théâtre « Le Lucernaire » 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34  /  www.lucernaire.fr

Représentation en italien chaque mardi .

Jusqu’au 12 mars 2016.

En tournée :
- - - > Le 18 mars 2016,
          Centre Culturel Athénée 2 rue Alsace-Lorraine 92500 Rueil Malmaison
           Réservations : 01 41 96 90 60
- - -  > les 6 et 7 juillet 2016, au Festival d’Angaïs
            «  Les Scènes de la Grange » 64510 Angaïs.
            Réservations : 05 59 53 22 41 / www.theatredelagrange.com
- - - >  les 20 et 21 août 2016, au Festival au Théâtre de la Faisanderie                   
            «  La Scène au Jardin » 60500 Chantilly.                                            
            Réservations : 03 44 57 39 66 / www.lasceneaujardin.com
                                                                        Lydie-Léa Chaize, journaliste

« Les Cavaliers » d’après le roman de Joseph Kessel *

Mise en scène de Eric Bouvron et Anne Bourgeois.

affiche les cavaliers

Du chef-d’œuvre de Joseph Kessel écrit en 1967, Eric Bouvron en a fait une adaptation libre. Ayant grandi en Afrique du Sud et ouvert à toutes les cultures (ceci peut-être expliquant cela), Eric Bouvron ce « baroudeur de charme » est parti en Afghanistan avant d’écrire et de nous offrir un spectacle de toute beauté.

« J’ai cherché à mettre mes pas dans les pas de Joseph Kessel, écrit-il. J’ai eu besoin de partir dans les terres inconnues
où l’histoire se passe. Pour m’imprégner. Sentir. Réinventer… ».

Et cela se voit, cela se sent, cela se ressent tant les ambiances, les couleurs et les parfums nous envahissent, tant le spectacle est inventif, émouvant, captivant… Dans un décor tout en sobriété, on assiste à une épopée fantastique des personnages. Accompagné de son serviteur Mokkhi et de Jehol le magnifique « cheval fou » de son père, le seigneur Toursène, Ouroz se rend à un tournoi réputé le Bouzkachi du Roi ». Le Bouzkachi est un jeu national afghan où des cavaliers expérimentés doivent lutter entre eux et se saisir d’une carcasse de bouc pour l'amener dans « Le Cercle de Justice ». 

Cette adaptation de l’œuvre de Kessel est un véritable conte initiatique où le virtuel semble devenir réalité. L’intensité de l’action a une telle force que sous nos yeux  apparaissent les chevaux (des tabourets représentant les chevaux ; on s’y croirait !)
et les cavaliers chevauchant à travers les steppes et les montagnes de ce pays lointain qui a inspiré le grand reporter que fut Joseph Kessell. Un coup de chapeau  à la magie de l’inégalable artiste Khalid K, maîtrisant les sonorités, les bruitages, les appels du muezzin et les chants orientaux si pénétrants. Sa voix et sa présence font merveille.

trois personnages les caval

                                                                                               

Pour notre plus grand bonheur, cette pièce relate, entre autres, les traditions et les valeurs ancestrales de l’Afghanistan.
Ce temps où l’honneur signifiait quelque chose, où le respect de la hiérarchie et des valeurs parentales demeurait intact, malgré des relations difficiles entre un père et son fils. N’oublions pas de citer également les talentueux comédiens : Grégori Baquet alias Ouroz , Maïa Gueritte délicieusement romanesque et Eric Bouvron dans son double rôle (Mokkhi et le Seigneur Toursène).

Un magnifique moment de théâtre qui a déjà fait son succès, comme une traînée de poudre, récemment au festival d’Avignon. Désormais dans la Capitale, vous n’hésiterez pas à aller à la découverte d’un moment de poésie, de rêves, de frissons et de dépassement de soi. En somme, une histoire d’hommes semée de bonheurs et d’embûches, un moment de vie….
Et comme Joseph Kessel l’a confié à un ami : «  A travers Les Cavaliers, j’ai écrit mon testament à la  vie ».

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*Théâtre La Bruyère 5 rue La Bruyère 75009 Paris
Réservations : 01 48 74 76 99 / www.theatrelabruyere.com


                                                                                                                    29 février 2016
                                                                                                                    Lydie-Léa Chaize, journaliste