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« La Chambre de Miléna » *

Texte et Mise en Scène de Filip Forgeau
La complicité de Filip Forgeau et de Daniel Mesguish ne date pas d’hier et cette pièce en est l’évidente résultante. Car, comment expliquer ce difficile travail de mettre seule en scène une comédienne, et en écho une voix off qui lui donne la réplique ? C’est là un travail d’orfèvre et toute l’équipe participe à la réussite de ce spectacle : Filip Forgeau, Soizic Gourvil, Daniel Mesguish, Claude Fontaine pour la création Lumières, Michaël Vigier pour la Régie lumières, Fabrice Chaumeil pour l’Univers sonore et Lionel Haug, en Régie son. 

A la lumière des échanges de lettres entre Kafka et Miléna, (son amante ?)  sa muse et sa traductrice de toute évidence, Filip Forgeau écrit un très beau texte ** et s’intéresse particulièrement aux fenêtres à travers lesquelles le monde nous parle, si nous savons VOIR…
Selon Daniel Mesguish, si Filip Forgeau s’intéresse aux fenêtres, c’est « Non pas, comme quelques voyeurs, non, comme un voyant
plutôt; ou un visionnaire ».

Oui ! Filip Forgeau est ce visionnaire-là et en homme de théâtre accompli il fait merveille dans sa mise en scène. La chambre dans laquelle il fait évoluer la délicate et subtile comédienne Soizic Gourvil révèle tous les rêves, toutes les souffrances et les espoirs de Miléna.

la comedienne sur le lit

Milena Jesenskà, journaliste tchèque et écrivaine, entre autres, était  ce qu’on pourrait appeler une femme d’exception ; parfaitement lucide
sur les évènements tragiques qui se déroulaient à son époque, elle fut une résistante déterminée.
Arrêtée par La Gestapo et déportée au camp de concentration de Ravensbrück, elle mourut le 17 mai 1944 à l’âge de 48 ans. 

« C’est drôle, dit Miléna, j’ai eu le sentiment dans mon rêve que la voix de l’ami inconnu qui me tend le billet était la tienne…
Celui qui a failli me sauver avait ta voix…». Et, de sa voix profonde Daniel Mesguish alias Kafka de répondre,non sans humour: « Je suis ton sauveur ». Parmi les souffrances de Miléna il en est une, la perspective de la guerre : « Les ombres puissantes, d’un monde invisible, entrent dans le visible, attirées par le meurtre et le sang. Hier, les armées ont défilé ».

Quant à ses espoirs, l’un d’eux ne serait-il pas celui de rentrer dans l’Histoire à travers son message à sa fille, lorsqu’elle s’écrie : « Honza ! Honza! On dit tant de choses. Ne m’oublie pas Honza ». Et la voix de Franz qui répète à l’envie dans un ultime hommage : « On dit d’elle qu’elle n’a pas raté une occasion de choquer les bourgeois …On dit d’elle qu’elle a traduit de nombreux écrivains….On dit d’elle qu’elle a été une figure essentielle du mouvement d’émancipation de la femme…On dit d’elle qu’elle a caché des juifs dans sa chambre… On dit d’elle qu’elle s’appelait Miléna. Miléna comme Aimée, comme Amante ».

On dit d’elle, on dit d’elle, on dit d’elle… »… comme une litanie, voire comme une prière, Daniel Mesguish  égrène ces mots de sa voix puissante et sensuelle sans jamais nous lasser. Comment le pourrions-nous tant la beauté et la profondeur du texte, l’efficacité du  jeu à multiples facettes de la comédienne Soizic Gourvil et la voix de Daniel Mesguish nous émeuvent et nous enchantent ?... Nous aimons ce théâtre que nous offre Filip Forgeau parce qu’il est de qualité, tout simplement. Un moment de théâtre à ne pas manquer.
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*  Théâtre de L’Atalante 10 place Charles Dullin 75018 paris
     Réservations : 01 46 06 11 90 / www.theatre-latalante.com
    Jusqu’au 22 février 2016

** « La Chambre de Miléna » de Filip Forgeau aux Editions Le Bruit des autres.
www.lebruitdesautres.com


                                                                                                             Lydie-Léa Chaize

 

« Les Lettres Persanes » de Montesquieu *

Adaptation et mise en scène de Guillaume Clayssen.
Au Siècle des Lumières, “Les Lettres Persanes” témoignaient déjà de la lutte de Montesquieu contre toutes les formes d’obscurantisme et aujourd’hui, plus jamais, ce fléau envahit les sociétés contemporaines. Dans cette œuvre littéraire célèbre, le voyage de l’Orient à l’Occident de deux compatriotes persans de culture musulmane Usbek et Rica  nous entraîne dans les dédales politiques, sociologiques et philosophiques de 2 civilisations, sinon antagonistes, en tous les cas bien différentes. Nos lois, nos mœurs et même la chrétienté des européens,
sans oublier nos gouvernants sont observés avec critique pour l’un et non sans humour pour l’autre. Les échanges épistolaires avec l’Orient nous révèlent notamment la vie de ces femmes enfermées dans un sérail et surveillées par des eunuques pour le moins barbares et avides de pouvoir.
L’inquiétude de ces 2 personnages qui s’interrogent et l’obscurantisme dénoncé  hier par Montesquieu, ces préoccupations ne rejaillissent-elles pas aujourd’hui dans le monde, comme une résurgence du passé ? La réponse de Guillaume Clayssen est probablement, entre autres, dans l’évocation de la Révolution iranienne de 1979 qui a porté Khomeini au pouvoir.

C’est dire à quel point ici, le travail de réflexion et de recherche du metteur en scène, mis au service du théâtre, est indispensable quand il sélectionne certaines Lettres de Montesquieu et qu’il complète l’œuvre dans une adaptation “en écho au monde contemporain”. 

affiche des lettres persanes

Le théâtre, ce théâtre-là de Guillaume Clayssen peut nous aider à y voir un peu plus clair, à explorer, à comprendre… Si le regard de Montesquieu à travers les protagonistes persans est volontairement exagéré, il n’en demeure pas moins que sur les femmes son regard est empreint d’humanité.
Que ce soit dans Les Lettres Persanes ou dans celles conçues par le metteur en scène, nous sommes en présence d’une écriture et d’une pensée qui suscitent l’interrogation et la comparaison face aux préjugés de toutes sortes.
Que ce soit le despotisme et la polygamie des uns ou bien l’absolutisme et la monogamie des autres où est le bon endroit ? Y aurait-il  une hiérarchie dans l’appréciation de la culture des peuples ?... Autant de questionnements qui s’offrent à nous spectateurs, devant un espace scénique agréablement confortable où les comédiens évoluent avec conviction et talents dans des costumes inventifs, dans des rôles dédiés à la polyphonie. Les mots jaillissent, les voix se croisent et s’entrecroisent, douces et tendres tandis que des chants poétiques émane le reflet d’un monde en souffrance.
Le comédien et chanteur : Olav Benestved.
Les comédiens (es) : Eram Sobhani, Floriane Commeleran, Hugo Dillon.
La chanteuse : Emmanuelle de Gasquet.
Le musicien : Nicolas Laferrerie.
Le photos sont de Virginie Puyraimond

 

duo lettres persanes virginie puyraimondUn langage théâtral à voir et à entendre.
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* L’Etoile du Nord 16 rue Georgette Agutte 75018 Paris  Réservations : 01 42 26 47 47 / www.etoiledunord-theatre.com
  Jusqu’au 13 février 2016
* du 10 au 13 mai 2016 Les Taps à Strasbourg
* en octobre 2016 à Colmar
Plus d’informations auprès de la Compagnie des Attentifs : www.lesattentifs.com
                                                                                               Lydie-Léa Chaize, journaliste

« Le Jour du Grand Jour »

affiche dromesko Le Jour du Grand Jour ?... tout un programme, ce concept, cette mise en scène et cette scénographie de Igor & Lily !
Sous un chapiteau ou dans une baraque ? Qu’importe ! Ici la structure est en bois, chaleureuse,
presque intime dirait-on, si elle n’abritait pas au moins 400 spectateurs fans ou pas du Théâtre Dromesko (ce terme signifiant itinérant en tzigane) de Igor & Lily.

clair obscur une mariée L J du G J

La vie qui, à l’évidence, n’est pas un long fleuve tranquille, se déroule devant nous avec sa poésie, ses clairs - obscurs, ses symboles, ses joies et ses peines. Tant de profondeur, dans un langage parfois burlesque et déroutant, nous émeut. Ce spectacle est une vraie symphonie de talents : comédiens, chanteurs, danseurs et musiciens s’entremêlent et se confondent pour donner corps à un univers onirique, réaliste, impressionniste, funèbre et un moment asexué dans un défilé nuptial de costumes somptueusement inventifs.
Les lumières et les choix musicaux ne sont pas en reste. Qu’elle soit tzigane ou sévillane, la musique est tourbillonnante, tour à tour triste et festive…

lily gros plan

On ne peut s’empêcher de relever la beauté diaphane de Lily et  sa complicité avec Igor, dans une scène quelque peu émouvante évoquant le temps qui passe et le vieillir ensemble…
Ce couple dans la vie, est uni également sur scène dans une sorte de « chorégraphie » époustouflante avec « leur » marabout, ce volatile majestueux !
Et l’on reste médusés et admiratifs devant ce théâtre, entre réalité et fiction, qui nous est offert loin des moments difficiles que nous traversons. INOUBLIABLE !
Alors que nous nous apprêtons à quitter l’espace, la grande table du banquet prend toute sa place sur la scène, et la troupe chaleureuse
et conviviale nous propose de déguster des gougères accompagnées d’un verre de vin.
Un brin nostalgiques, il nous faut partir imprégnés du charme d’un spectacle grandiose, réjouissant, euphorisant à souhait, pensé avec minutie dans ses moindres détails.
Un spectacle multidisciplinaire qui n’est pas sans rappeler les créations du talentueux Jean-Louis Barrault, avec la complicité de son épouse, Madeleine Renaud.
Considérant notre amour pour ce genre de théâtre, ce lien qui nous unit, et oubliant un temps notre finitude, n’oublions pas pour autant cette phrase de Jean-Louis Barrault : « Si les gens se réunissent dans une salle, c’est pour combattre leur solitude ».
Voilà de nombreux sujets de réflexion qui se présentent à nous après avoir vu    « Le Jour du Grand Jour ». Des cérémoniels à ne pas rater.

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* Théâtre Le Monfort 106 rue Brancion 75015 Paris
   Réservations : 01 56 08 33 88 / www.lemonfort.fr
   Jusqu’au 30 janvier 2016

* Théâtre  Le Centquatre-Paris 5 rue Curial 75019 Paris
    Réservations : 01 53 35 50 00 / www.104.fr
    Du 9 au 20 février 2016

* En tournée :  
   du 15 au 19 mars 2016 au Théâtre Forum de Meyrin à Genève
   du 14 juin au 18 juin 2016 sur la Scène nationale de Martigues ( France)
                                                                                                Lydie-Léa Chaize