« ETTY HILLESUM, La Flamme d’une Ame » de Etty Hillesum *

Mise en scène de Mourad Berreni.

etty hillesum

 Etty Hillesum ? Ce nom nous parle un peu moins que celui d’Anne Franck et pourtant elle aussi a écrit son journal intime. Née au Pays-Bas (ceci expliquant peut-être cela) elle est de famille juive libérale et non pratiquante, cependant elle n’échappera pas aux camps de la mort en 1943.           

« Oui la détresse est grande, dit-elle, et pourtant il m’arrive souvent le soir, de longer  d’un pas souple les barbelés, et toujours, je sens monter de mon cœur, je n’y puis rien, c’est ainsi, cela vient d’une force élémentaire, la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau, et à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle atrocité, nous devons opposer un supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-même….Ce qui importe ce n’est pas de rester en vie coûte que coûte, mais la façon de rester en vie ». 

angelique boulay

 Tout est dit, ou presque, dans cet extrait  de la pièce interprétée magnifiquement par Angélique Boulay. Son jeu, tout en sobriété, n’enlève rien aux accents pathétiques qui  nous bouleversent. Et pour « souffler » de temps à autre, le texte est ponctué judicieusement d’une bande son: qui, d’un extrait de Dido et Aeneas de Henry Purcell, qui d’un extrait  de l’album, « Négation » référence au Livre des Morts Egyptiens, et en apothéose le concerto n°23 de Mozart !… Un vrai moment de théâtre et, si le sujet n’était aussi grave, je dirais un vrai moment de délectation. Parce que les mots d’Etty Hillesum résonnent en nous au plus profond de  notre âme. « Un puits très profond est en moi. Et Dieu est dans ce puits. Parfois, j’arrive à le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau le déterrer » (Journal, 97).

La foi en l’être humain de cette auteure, arrêtée en plein vol, lui a donné une force intérieure inébranlable à tel point que le cahier d’écolier, sur lequel elle écrit, est le reflet de l’innocence de l’enfant qui n’est que perspective de bonheur et de joie. Cette foi inébranlable est la seule issue pour survivre au malheur et aux atrocités, orchestrées par des hommes aux instincts les plus bas. Gloire au théâtre qui s’accapare ces grands textes pour qu’ils s’inscrivent dans la mémoire collective et pour que l’Histoire ne se répète jamais.
Merci à Angélique Boulay, merci à Mourad Berreni de nous faire découvrir ou redécouvrir une femme, Etty Hillesum, au talent littéraire de toute beauté, celle qui   nous transporte et nous émeut, spontanément, tous ensemble.
Alors, à vos agendas pour « bloquer » un vendredi, à votre convenance, jusqu’au mois de juin, dans ce lieu délicieux qu’est le Théâtre de l’Echo.

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*  Théâtre de l’Echo 31 rue des Orteaux 75020 Paris
Réservations : 09 65 06 77 39 / www.echo-theatre.com
Jusqu’en juin 2015.
                                                                                                                                                     Lydie-Léa Chaize

 

                                               

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