Croisière sur la Canal Saint-Denis, « Aubergraffiti show » et Street art Définitif

par notre consoeur Aurélie RANIVOARISOA, et Bertrand Bonnet

Avec plusieurs journalistes de la presse étrangère, nous avons eu le plaisir d’assister à l’évènement « Aubergraffiti show » qui a  eu lieu dans la journée du Dimanche 11 juillet 2021 dans la ville d’Aubervilliers. Un évènement organisé par l’Office de Tourisme de Plaine Commune Grand Paris, dont le Directeur Général, Régis COCAULT, nous a exposé la raison d’être. Il nous a présenté les différents organismes qui ont participé à l’organisation et nous a assuré le suivi tout au long de l’après-midi.

Après les discours des élus des villes d’Aubervilliers, de Saint-Denis, et de l’Ile Saint-Denis, nous avons partagé le pot d’inauguration, avant le premier rendez vous qui se situait dans une rue de la ville de Saint Denis, spécialement aménagée à cet effet. Il s’agissait de visualiser sur un grand mur de 1400 m2, les œuvres de plusieurs artistes de cette culture “street art”, œuvres dont nous avons eu le privilège d’assister à “l’en cours de réalisation”.

Le street art est un mouvement artistique contemporain qui regroupe plusieurs mouvements : musique et danse  avec le rap, le hip hop , et les peintures avec les Tags ou graffitis, sur des murs ou toits, en villes ou en banlieues. Il se définit comme l’art des endroits publics. Cette culture apparue aux Etats Unis il y a environ cinquante ans, est bien sûr ensuite arrivée en Europe, en France , à Paris et en banlieue ( notamment Saint Denis ). Un des artistes le plus connu et côté dans cet art est Banksy, dont les œuvres sont estimées à plusieurs millions d’Euros.

Au contraire de l’art conventionnel qui se trouve dans les musées ou des endroits dédiés, le street art flirte souvent avec l’illégalité. Associer au vandalisme, ou art vandale, porteur de message, le street art ne cesse de provoquer, choquer, émouvoir.

D’où l’importance de ce type d’évènement qu’est L’Aubergraffitishow, qui permet une rencontre – initiation – découverte entre le public et les artistes. Lors de ce show, les artistes ont bénéficié de l’aide logistique des organisateurs ( échafaudages Loxam , pour dessiner en hauteur , et nombreuses cartouches de peintures,…)

Nous avons pu rencontrer les artistes (plus d’une cinquantaine) et avons eu droit à une visite commentée du mur. Il s’agissait de véritables œuvres dessinées, parfois portraits très vivants, personnages très réalistes, surréalistes ou imagées, des couleurs classiques au psychédéliques.

En fin de parcours, se trouvait une bétonneuse camion du groupe CEMEX, spécialement affectée à cet évènement, sur laquelle l’artiste DAWAL était en train de finaliser une formidable œuvre de peinture décoration sur toute la surface.

Ce milieu s’ouvre petit à petit maintenant aux femmes, et nous avons fait connaissance avec l’une d’elle : KWIM (graffeuse) dans le crew TWE (crew : équipe)

Le deuxième rendez vous, était une croisière de presque deux heures, qui partait du quai du 6 B , ateliers de plus de 90 artistes, situés à Saint-Denis (A 10 mn à pied de la Gare de Saint-Denis), et qui arrivait à l’AuberGraffiti show où nous étions juste avant.

La croisière était sur le thème de la Street Art Avenue et de l’histoire des canaux dans le cadre du bicentenaire des canaux.

La street art avenue, est en quelque sorte, un espace le  long du canal Saint Denis , investi par des artistes depuis quelques années, et représente comme un symbole de cette culture dans la banlieue Nord. Cet espace est constitué de toutes les surfaces , murs , disponibles et visibles : passerelles, ponts , murs d’entreprises , piliers de ponts, où les artistes réalisent leurs tags et graffiti en mode commande ( de la municipalité par exemple )  ou en mode ‘‘hors loi’’.

La culture du street art obéit à des règles et a son vocabulaire bien spécifique :

Par exemple, le tag, est plus le résultat d’un mouvement du poignet, assez bref, une signature, alors que le graffiti provient, lui, d’un mouvement du bras. Le crew désigne l’équipe à laquelle appartient le ou la graffeur.se.

Quand des rivalités s’installent parfois entre artistes, le jeu consiste à venir effacer l’œuvre précédente, à la couvrir : on parle ainsi de la notion de  TOYS, qui veut dire Tag On YourShit, littéralement : Tag Sur Ta Merde ( L’artiste rival utilise alors le verbe : « j’ai ‘‘Toyé’’ ton œuvre »)

Le long de cette Street Avenue, nous avons ainsi pu successivement admirer les œuvres :

des sœurs jumelles CHEVAL représentant surtout des animaux marins.

Les représentations de couronnes à 7 traits, signe de revendication d’être le meilleur : Kings, One, …

Nous avons appris le sens des Blocks letters : grosses lettres carrées, qu’on remarque souvent le long des autoroutes, ou des voies ferrées avec de la peinture en chrome, qui réfléchissent la lumière la nuit, et qui sont faites pour être absolument vues.

Le street art oblige le public à se questionner et à réfléchir, à être choqué ou être interpellé, en se voyant imposer ces différentes œuvres ou installations, qui sont comme un coup de pied dans la fourmilière.

La réussite de telles initiatives comme l’Aubergraffiti show, réside certainement dans la coopération heureuse et positive entre la culture (les différents artistes du street art), l’économie (entreprises locales, industrie du béton) et la conjugaison des efforts des différents partenaires de la région et du département, initiée par Régis COCAULT, qui dirige l’Office du Tourisme de Plaine Commune Grand Paris, et son équipe.

Le dynamisme de la Plaine Commune Grand Paris aura certainement un impact sur les Jeux Olympiques de 2024.

Nous terminerons l’histoire générale du Street Art, par l’histoire particulière de AZILE, puriste radical du graffiti qui revendique le côté originel du tag comme un art vandale, “hors circuit”. S’intéressant sérieusement à la peinture, en tant que matière pour taguer, il a d’abord travaillé en tant que peintre en carrosserie dans des usines automobiles. Il commence à utiliser des rames de métro comme support à partir de 1989.

Pour l’anecdote, il s’est mêlé aux ouvriers de la RATP chargés de nettoyer ses propres tags, pour étudier les produits que ceux-ci utilisaient, afin d’améliorer lui-même ses propres peintures pour les rendre plus résistants aux produits de nettoyage.

 Il fut épinglé par la police de la RATP dans la nuit du 24 au 25 juin 2007. Pour faire un exemple, un procès sévère et fortement médiatisé a eu lieu. La RATP le poursuit pour les dégradations de 2004 à 2007 et estime alors les dégâts à 600.000 euros. Azyle ne conteste ni les faits ni le côté illégal de ses actions et accepte même d’être “puni”, mais en payant la somme juste pour les dégradations. Ainsi, il conteste les chiffrages de la RATP et lui reproche d’avoir exagéré les frais de remise en état des rames. Preuve à l’appui : il fait constater par huissier qu’il ne prend que six à dix minutes pour nettoyer un mètre carré de surface peinte à l’aide des produits de nettoyage utilisés par la RATP, quand cette dernière facturait une heure. Il remet également en cause la facturation de remplacement de vitres qui ne le furent pas en réalité.

Sa condamnation de huit mois de prison avec sursis et 138000 euros de dommages et intérêts avec une obligation de soins a été confirmé en cassation. Son pourvoi en cassation qui s’appuyait sur la protection de ses tags au titre de droit d’auteur et la liberté d’expression. Malheureusement pour lui, la qualification de « destruction, dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui » sanctionnée par l’article 322-1 du code pénal, faisant prévaloir le droit pénal sur le droit d’auteur a été retenu.

Pour en savoir plus sur le street art, cet art de la rue, vous pouvez revoir sur Arte le reportage Subway Arts / Memory arts, par Martha Cooper.